Aline, je dois partir… Jai un fils. Avec Pauline. Je… Je ne savais pas, excuse-moi. Je dois être là pour lui, tu comprends, annonça tranquillement Victor, baissant les yeux comme un chien pris en faute.
Le monde dAline fit un salto et lui atterrit sur la tête. Elle mit un moment à saisir le sens de ses mots.
Un fils ? Tu mas trompée ? demanda-t-elle, avalant difficilement sa salive.
Non ! Victor leva les sourcils. Tu as mal compris. Cétait avant toi. Il a déjà trois ans. Elle ne ma rien dit tout de suite. Par fierté, par rancune, je ne sais pas. Mais maintenant, elle ma tout avoué. Elle dit que lenfant a besoin de son père, quelle veut une vraie famille. Quil a même des problèmes psychologiques à cause de mon absence.
Aline semblait avoir oublié comment respirer. Son cœur battait à ses tempes. Trois ans… Pourquoi son ex choisissait-elle maintenant de tout gâcher ?
Génial. Donc là-bas, tu as un fils, et ici, rien ? fit Aline en fronçant les sourcils. Tu réalises ce que ça va faire à Théo ? Son deuxième père qui labandonne !
La douleur nétait pas pour elle, mais pour son fils. Elle aurait voulu se jeter sur Victor, mais elle se retint. Serra les poings, expira…
Va-ten, alors. Je ne te retiens pas, lança-t-elle froidement avant de se réfugier dans le salon.
Aline ne voulait plus jamais voir cet homme. Ni aucun autre, peut-être. Parce quon lavait déjà trahie, elle et son fils, et lhistoire se répétait.
…Théo était encore dans son ventre quand son premier mari sétait détaché. Il dormait dans une autre chambre, évitait ses questions. Le petit navait pas un an quand il avait annoncé que ses sentiments étaient partis, avant de faire ses valises.
Le pire ? Cétait lui qui avait insisté pour avoir un enfant.
Il faut perpétuer la lignée. On est ensemble depuis assez longtemps, disait-il.
Aline ne comprenait pas cette obsession pour une lignée qui navait rien des Rothschild. Mais elle avait fini par accepter, voyant cela comme une étape logique.
Puis, quand l« héritier » tant attendu était arrivé, il sétait avéré que son mari nen voulait plus. Sauf pour la forme, bien sûr, sans aucune responsabilité.
Elle sétait alors promis : plus jamais dillusions. Les hommes passent, les enfants restent. Et généralement avec leur mère.
Alors, quand Victor était entré dans sa vie, elle ny avait vu quun ami avec qui discuter. Elle avait gardé ses distances, méfiante envers les belles paroles. Même après quils se sont mis ensemble, elle avait attendu un an avant de le présenter à Théo. Ils allaient au cinéma, dînaient au restaurant, mais il ne venait à la maison que quand Théo était chez sa grand-mère.
Parfois, Aline ne comprenait pas pourquoi Victor saccrochait. Il y avait tant de femmes prêtes à fonder une famille. Elle, au contraire, ne prétendait à rien.
Pourtant, il était persévérant. Fleurs, petits travaux chez elle, courses… Puis il avait commencé à offrir des cadeaux à Théo.
Et un jour, il avait parlé de famille.
Aline, je pense quon devrait passer à létape suivante. Vivre ensemble, au moins. On nest plus des ados à se voir en cachette, avait-il dit.
Tu sais que jai un fils, avait-elle répliqué.
Et alors ? Ça ne tempêche pas davoir un mari. Même si je ne connais pas Théo, il nest pas un étranger pour moi. Il est à toi, donc il est à moi aussi.
Aline avait longuement réfléchi. Victor prenait soin delle. Peut-être ferait-il de même pour Théo ? Elle avait enterré son rêve dune famille unie, mais une lueur despoir sétait rallumée. Et elle avait accepté.
Au début, tout allait bien. Victor jouait au foot avec Théo, réparait ses jouets, lui lisait des histoires en mimant les scènes. Le garçon avait fini par lappeler « papa ». La première fois, Aline avait cru fondre de bonheur.
Mais avec le temps, Victor avait commencé à parler de « leurs enfants ».
Aline, si on avait un bébé à nous ? avait-il proposé un jour.
Quelque chose sétait serré dans sa poitrine.
On a déjà Théo. Il ne compte pas ?
Bien sûr que si ! sétait-il repris. Mais… tu comprends, jai raté les premiers mois. Théo était déjà grand quand je lai rencontré. Jaimerais moccuper dun tout-petit.
Aline avait levé un sourcil sceptique. Elle savait trop que pour certains hommes, « soccuper » se limitait à quelques câlins et à frimer en public. Le vrai travail, cétait elle qui le ferait.
Attendons que Théo ait dix ans, on verra après.
Victor avait presque pris ça pour un oui, même sil nétait pas pleinement satisfait. Aline, elle, espérait quil oublierait.
Et maintenant, ce coup du sort. Un fils ailleurs, forcément plus important que Théo.
Maman, où est papa ? demanda le garçon au moment du coucher.
Aline ne savait où regarder. Cétait elle qui lavait entraîné dans cette histoire, elle qui lui avait donné de lespoir.
Il est parti. Il ne pourra pas te voir pendant un moment.
Elle navait pas pu tout dire ce soir-là. Elle préférait y aller doucement, pour moins de souffrance. Mais la douleur était là, intense. Larmes, crises, yeux rouges le matin. Théo refusait daccepter que « papa » ne reviendrait pas, jurant quil le retrouverait. Aline le consolait comme elle pouvait, puis pleurait dans son oreiller une fois quil dormait…
Six mois avaient passé. Ils avaient appris à vivre sans Victor. Théo ne parlait presque plus de lui et jouait de nouveau au foot avec ses copains. Aline souriait à nouveau, même si la cicatrice intérieure demeurait.
Puis, un jour, lappel. Victor. Dune voix douce, coupable. Il voulait se voir, parler. Comme si on avait rouvert une vieille blessure.
Je ne tinviterai pas chez moi, désolée, répondit-elle. On peut se promener dans le parc, pendant que Théo est à lécole.
Ils se retrouvèrent près des massifs où ils avaient marché ensemble autrefois. Les bancs étaient humides après la pluie, les feuilles mortes collaient aux semelles. Victor avait maigri, sa veste trop large pour lui.
Merci dêtre venue… commença-t-il. Je… Je suis un idiot. Jai tout gâché. Donne-moi une seconde chance.
Il resta immobile quelques secondes, puis se mit à genoux, sortant une petite boîte. À lintérieur, une bague scintillait.
Pardonne-moi. Jai compris mon erreur. Reviens, je ten supplie… On peut tout recommencer. Elle ma menti, mais maintenant je sais…
La première fois quil lui avait fait sa demande, Aline était heureuse. Maintenant, cétait la gêne et la douleur. Les passants les regardaient. La colère la brûlait.
Pas de scène, dit-elle en fronçant les sourcils. Tu as déjà fait ton choix.
Jétais stupide ! Je ne savais pas, baissa-t-il la tête. Un jour, jai mis Lucas au coin. Il faisait des bêtises… Mais Pauline ma sauté dessus. Elle ma dit que je navais aucun droit sur lui, quil nétait pas de moi. Puis elle a prétendu l







