Hugo, tu te fous de moi ? Tu vas encore chez ta maman ?
Et tu proposes quoi ? La laisser dans le froid, sans électricité ni eau ? sénerve-t-il en fouillant dans son sac. Tu ferais ça avec tes parents, toi ?
Tu sais, les miens ne me font pas ce genre de coup. Ils savent que jai une famille et ne membarquent pas dans leurs galères. Mais ta mère commence Élodie.
Arrête de râler. Tu sais très bien que je dois laider, la coupe Hugo, agacé.
Je comprends. Mais ça me blesse. Pas parce que les garçons vont oublier ton nom, mais parce que tu ne cherches même pas à la rendre autonome. Elle a voulu cette maison, quelle se débrouille. À toi de choisir : ta famille, cest ici ou là-bas ?
Élodie tourne les talons et part vers la chambre. Trente secondes plus tard, la porte claque. Hugo est parti. Elle reste seule avec leurs fils, à qui elle avait promis une balade en famille dans le parc.
Encore une fois, leur père a déserté. Encore une fois, tout repose sur elle.
Il y a deux ans, tout était différent. Élodie se souvient de ce jour. Ils étaient chez ses parents, avec Marie-Claude, la mère de Hugo, pour quelle ne sennuie pas. Elle sentendait bien avec eux, personne ny voyait dinconvénient.
Alors quils sirotaient du thé sous la tonnelle, Marie-Claude a eu une « idée géniale » qui a bouleversé leur vie.
Que cest charmant ici ! sexclame-t-elle en respirant à pleins poumons. Il faudrait que je minstalle à la campagne aussi. Le calme, lair pur
La mère dÉlodie a souri, pensant quelle rêvait juste à voix haute.
Cest bien en visite, dit-elle. Mais entretenir une maison seule, cest un autre monde. Pas de vacances. Des réparations sans fin. Et toi, Marie-Claude, excuse-moi, mais ce nest pas ton truc.
Marie-Claude a serré les lèvres. Elle nétait pas paresseuse, mais toujours fatiguée, même sans rien faire.
Oh, je ne veux pas de ferme ! Juste un petit jardin. Des fleurs, un arbre ou deux. Un endroit où les petits-enfants pourront jouer.
Les fleurs, ça se taille aussi. Chez toi, tu nas quà passer laspirateur une fois par semaine, et tu peux te reposer, réplique la mère dÉlodie.
Tu crois quon fait tout ça par plaisir ? ricane le père. Une maison, cest un tonneau sans fond. Une chose à réparer chaque jour. Et tout coûte cher.
Bah, on verra. Je ne suis pas seule, rétorque Marie-Claude en regardant Hugo.
Élodie lève un sourcil mais se tait. Convaincre sa belle-mère est plus dur que dempêcher une chèvre de brouter les rosiers.
Ce jour-là, Marie-Claude ninsiste pas, souriant comme la Joconde. Six mois plus tard, elle fait visiter sa nouvelle maison, fière, humant les roses du voisin.
Vous voyez ? Je ne remettrai plus les pieds en ville !
Mais le bonheur est bref. Dabord, elle demande à Hugo de laider pour des travaux. Ça dure six mois. Élodie grogne mais encaisse. Elle croit que la paix reviendra après.
Sauf que les problèmes senchaînent : coupure délectricité (plus deau non plus), un chien errant malade (quil faut emmener chez le vétérinaire à Paris), le tout à la charge de Hugo.
Je ne vais pas abandonner maman avec un chien malade ! Tu la connais, elle a bon cœur.
Oui, bon cœur. Pour les animaux, pas pour les humains.
Hugo passe tous ses week-ends chez elle, parfois même la nuit en semaine.
Vous dormirez déjà quand je rentrerai. Autant partir tôt demain.
La goutte deau ? Une nouvelle coupure de courant en automne. Marie-Claude panique. Hugo annonce :
Je lui achète un générateur demain.
Avec notre argent ? demande Élodie, méfiante.
Elle a des difficultés. Elle a presque tout dépensé après la vente de son appartement.
Donc on finance son rêve maintenant ? Elle en veut toujours plus, non ?
Hugo hausse les épaules.
Arrête. Tu veux quelle gèle ?
Élodie soupire. Assise dans leur chambre, elle songe au divorce. Mais non, trop radical. Elle trouve autre chose.
Une semaine plus tard, elle se lève tôt. Hugo, à moitié endormi :
Tu sors si tôt ?
Chez mes parents, répond-elle calmement.
Quoi ? Je dois tailler les arbres pour maman aujourdhui !
Tu ne mas pas consultée. Mes parents ont besoin daide aussi. Maintenant, cest un week-end sur deux pour chacun. Et la liste des courses est sur le frigo.
Elle part, sentant son regard pesant. Enfin, elle respire. Chez ses parents, elle range un peu, puis se repose. Elle lit, rit de vieux souvenirs, savoure un repas tranquille.
Peut-être que Marie-Claude ne vendra jamais sa maison. Mais Élodie a repris son souffle. Une petite victoire, mais une victoire quand même.






