**Journal Intime 15 Septembre**
*Mon cœur est lourd ce soir. « Maëlle, enfin Tu es belle, tu as toujours eu du succès avec les hommes. Et pour Lætitia, cest peut-être son dernier espoir », murmurait maman en cherchant à me consoler.*
Jai failli métouffer avec un biscuit. Ces fameux sablés que maman ne prépare que pour les invités de marque. Pourtant, ce nétait pas de biscuits que javais envie, mais dun peu de compassion. Et voilà quelle prenait la défense de ma sœur.
« Maman, sérieusement ? » Ma voix tremblait. « Cest tout ce que tu trouves à me dire ? »
Elle haussa les épaules et posa délicatement sa tasse sur la soucoupe.
« Quest-ce que tu veux que je te dise ? » fit-elle avec une pointe de reproche. « Julien ta trompée avec Lætitia, cest mal. Mais quoi ? Tu vas te laisser mourir pour ça ? »
Les mots semblaient raisonnables, mais le sous-entendu Comme si elle ne voyait rien de grave dans cette trahison. Jai détourné le regard, mes doigts agrippant nerveusement la manche de mon pull. On aurait dit quon mavait arraché les nerfs du cœur, laissant un vide béant.
Je navais même plus envie de pleurer. Je voulais juste que quelquun comprenne. Mais tout le monde réagissait comme si cétait normal.
Pour maman, la situation était simple : je travaille dans un milieu masculin, je suis jolie, donc je trouverai bien un autre homme.
Lætitia, elle, était un « cas désespéré ». À peine trente ans passés, mais déjà plus de cent kilos. Elle ne sortait presque plus, ne faisait pas defforts. En trente ans, elle navait eu que deux relations sérieuses, toutes deux terminées en moins dun an.
Le pire, cétait cette façon quavait maman de parler des gens comme dobjets. « Partage un peu, tu ne veux quand même pas quelle reste seule ? » Ça me donnait envie de hurler.
Il ny a pas si longtemps, maman méprisait Julien.
« Maëlle, arrête de te ridiculiser. Trouve-toi un vrai homme », me sermonnait-elle il y a un an.
« Ou au moins mets-le au travail. Cest toi qui payes tout, bien sûr quil se la coule douce. Un homme a besoin de chasser. Dès quune femme cède, il sennuie. Et toi, tu te comportes comme un paillasson », ajoutait Lætitia avec un air supérieur.
Ma sœur devenait une experte en psychologie dès quil sagissait des autres. Elle lisait des livres, suivait des coachs en relations amoureuses Pourtant, elle navait jamais rien réussi de son côté. Elle attendait toujours son prince charmant.
Jen voulais à Lætitia, mais sur un point, elle avait raison : Julien sétait relâché.
Au début, il mavait avoué :
« Je ne sais pas ce que je veux faire. Luniversité, cétait pour faire plaisir à mes parents. Léconomie, ce nest pas moi. Mais je mentends bien avec les gens. »
À lépoque, il venait davoir son diplôme. Ça me semblait touchant, honnête. Il cherchait sa voie, faisait des efforts. Mais ces « efforts » ont duré cinq longues années.
Dabord vendeur de téléphones, puis agent immobilier, puis blogueur, livreur Toujours en promettant que cétait provisoire, quil allait percer un jour.
Pendant ce temps, cétait moi qui payais le loyer, les courses, les factures. Officiellement, cétait 50-50. En réalité
« Maëlle, je dois te dire Ma prime est annulée, mon patron ma collé une amende. Ce mois-ci, cest toi qui payes le loyer, daccord ? »
Ça arrivait souvent. Je comblais les trous, je faisais des extras. Jespérais quil changerait, deviendrait sérieux.
Et il a changé. Puis il ma trahie.
Après six ans, il a enfin trouvé un poste dans une entreprise informatique. Les salaires arrivaient. On sest offert des restos, des vêtements, même un voyage. Puis on a commencé à épargner. Pour une voiture. Ou un enfant.
Et là, belle-maman et Lætitia lont enfin reconnu.
« Finalement, ton Julien a du mérite. Il a mis du temps, mais il a réussi. Prends-en soin, cest rare », disait maman.
Lætitia, elle, venait plus souvent. Dabord pour le café, puis pour demander de laide : son ordinateur, sa voiture, un meuble à déplacer Je ne men inquiétais pas. Je croyais que cétait lharmonie.
Jusquà ce mardi banal. Je suis rentrée chez moi à lheure habituelle. Et je les ai surpris. Ils ne se cachaient même pas.
Jai vidé larmoire, leur jetant tout ce qui me tombait sous la main.
« Maëlle, ce nest pas ce que tu crois ! » pleurnichait Lætitia, comme si elle avait renversé un verre. « On ne voulait pas que ça arrive, mais maintenant Cest peut-être mieux ainsi ? »
« Je suis amoureux de Lætitia depuis longtemps, jadore les femmes rondes », a avoué Julien. « Je ne savais pas comment ne pas tout perdre. »
Comme si je navais été quune étape. Je suis partie chez maman, espérant du réconfort.
« Maman, tu parles comme si, parce que Lætitia est seule, elle a le droit de prendre mon mari Tu trouves ça normal ? »
« Maëlle, tu dramatises. La vie est dure », a-t-elle répondu avec condescendance. « Il est parti, cest tout. Il ne ta pas frappée, pas tuée. »
Jai renversé ma tasse en me levant.
« Merci, maman. Je nai plus rien à faire ici. »
« Où vas-tu ? Chez lui ? Arrête de jouer la victime ! »
« Ce nest plus ton problème. Je suis libre. »
« Maëlle Elle est de la famille. Il faut savoir pardonner. »
« Une famille comme ça, je préfère les ennemis », ai-je répondu en claquant la porte.
Jai marché sans but. Les rues me semblaient étrangères. Les cafés où jallais avec Lætitia, le salon où maman memmenait petite Et cette pensée qui ma brûlé le cœur : il ny a plus de place pour moi ici.
Ma sœur couche avec mon mari et trouve ça bien. Mon mari avoue laimer. Ma mère pense que je trouverai quelquun dautre.
Et quand je trouverai, Lætitia viendra le prendre. Parce quelle en a plus besoin.
Je suis arrivée à la gare, observant les voyageurs. Et jai pensé : pourquoi pas partir ?
Une semaine plus tard, jai démissionné. Jai choisi une ville au hasard sur la carte.
Un mois après, jétais dans un appartement modeste, avec une vue sur limmeuble den face. Mais cétait calme.
Dans ce silence, japprendrai à vivre autrement.
Maman a appelé. Sans excuses.
« Arrête de bouder, Maëlle. La vie est comme ça. »
Mais je refuse de croire que la vie doit être ainsi. Jai bloqué son numéro. Et celui de Lætitia. Et de Julien.
Dernier geste : lalliance. Je lai jetée à la poubelle avec les épluchures.






